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LA MAGIE NAMIBIENNE - 2006 Récit de voyage |
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Carnet primé au Concours de Carnets de Voyage organisé par i-voyages.net http://www.carnets-de-voyage.net/concours/laureats-2006.php
C’est dans la nuit parisienne que nous quittons l’Europe pour l’Afrique Australe. Notre corps est dans l’avion et l’esprit est déjà là-bas. Au petit matin, l’Afrique est recouverte de brume. Nous n’apercevons que les reflets du soleil se levant sur les bras de rivière de l’Okavango. Nous arrivons. Notre imaginaire est envahi par les images que l’on se fait de cette partie du monde encore peu visitée. Après un arrêt correspondance sans intérêt à l’aéroport de Johannesburg, nous entendons enfin prononcer le nom de notre destination finale: flight to Windhoek is ready for boarding. L’excitation monte. Deux couleurs contrastent le paysage durant les deux heures de vol au dessus du désert du Kalahari, le jaune de la savane brulée par le soleil et le bleu claquant d’un ciel sans nuage. Welcome to Windhoek, local time is 03.00PM, temperature is 28°c, weather is excellent. L’aventure namibienne commence. Un vent chaud et sec nous caresse la peau alors que nous foulons le tarmac pour rejoindre le hall d’arrivée. Il ne faudra rouler que quelques kilomètres en direction de Windhoek pour se faire à la réalité de ce pays. Le paysage est aride. Les collines sont couvertes d’herbes desséchées et d’acacias dépouillés. Les routes sont désertes. Nous croisons quelques véhicules qui roulent à vive allure et déjà nous voyons les babouins sur le bas côté. Windhoek est une petite ville sans charme construite au creux d’une vallée. Les jacanas en fleur apportent une touche mauve aux bâtiments bétonnés. On est vendredi après-midi. L’ambiance en ville est inexistante. Il n’y a pas de circulation, pas d’odeur particulière, pas de poussière. Malgré les clôtures électrifiées et les propriétés gardées, on ne ressent pas les problèmes de sécurité sud-africains. A la station service. Alors que le réservoir de 140L se remplit, j’en profite pour discuter avec les trois pompistes qui nettoient mon pare-brise tout propre. Ils me proposent leurs services de « guides » pour aller avec nous n’importe où dans le pays. Ca palabre beaucoup. Windhoek ne nous aura pas marqués et c’est avec plaisir que nous quittons la ville en roulant vers l’ouest à la conquête du pays en direction du petit parc de Daan Viljoen situé aux portes de la ville. Le soleil, une énorme boule orange, descend doucement face à nous. La lumière devient fabuleuse. Les collines jaunes virent à l’orange puis au rouge. Les ombres s’allongent et les reliefs apparaissent. La chaleur s’apaise. L’entrée du parc est gardée. Le « ranger » nous accueille très gentiment. Il nous aide à remplir les formalités nécessaires pour obtenir le permis de visite. Munis de notre laissez-passer, il ouvre la grille. Nous entrons dans le monde sauvage. La fatigue des 18 heures de voyage se dissipe immédiatement lorsque nous apercevons des zèbres, des koudous et un oryx, l’animal national. On s’arrête. Notre regard est pétillant. Nous sommes heureux. Le camping est presque vide. Malgré que nous soyons équipés pour le camping avec notre tente sur le toit du 4x4, nous choisissons de loger dans un bungalow face au lac. Les oiseaux chantent. Sur l’autre rive, les babouins hurlent alors que je ramasse du bois pour le feu du soir. La soirée est glaciale. Le vin sud-africain acheté à Jo’burg et le feu de bois sur lequel cuit un steak nous réchauffent. Le ciel, déchiré par la voie lactée, est rempli d’étoiles que nous n’avons pas l’habitude de voir. Il n’y a que nous deux au bord du lac. Nous sentant seuls au monde, nous partageons nos premiers sentiments. Le peu que l’on ait vu nous a envoutés. La lumière, les paysages, les animaux apportent quelque chose de magique. Il n’aura fallu que quelques heures pour quitter l’Europe, plonger dans l’Afrique animalière, découvrir l’aridité et la désolation de la Namibie. La vraie aventure commence demain.
JOUR 1 – DAAN VILJOEN - Il est 6h30 - Le calme assourdissant de la nuit est perturbé par les cris des babouins qui rodent dans le camp encore figé dans la froideur matinale. Ils soulèvent toutes les poubelles qu’ils trouvent dans l’espoir de trouver de la nourriture. La moindre voiture restée ouverte est systématiquement visitée et ils n’hésitent pas à rentrer dans les bungalows pour voler. Lorsqu’ils ont trouvé ce qu’ils cherchent, ils vous regardent d’un œil menaçant. Ces animaux sont sauvages et dangereux. A voir la taille de leurs dents, une main malheureuse ne résisterait pas aux crocs. Les premiers rayons du soleil levant nous réchauffent alors que nous prenons le petit déjeuner. Les oiseaux sont partout. Le lac face à nous est rempli de canards qui s’agitent avant que la chaleur ne vienne stopper toute activité. En voiture, nous empruntons notre première piste, dans le parc, avec l’espoir d’approcher les animaux de très près. Ici, on peut sortir de la voiture et essayer d’approcher les animaux à pieds. Peine perdue. Ils ont peur de nous mais pas des voitures. Un troupeau de gnous a déjà réservé sa place à l’ombre sous les acacias. Les girafes nous regardent passer du haut de leur 5 mètres. Les zèbres et les oryx font le plein d’eau pour la journée.
Le soleil brille et la chaleur monte. A pieds, nous suivons la trace des zèbres des montagnes à travers les collines. Des koudous nous sentent arriver de très loin et s’enfuient pour se mettre loin de notre portée. Nos pas sur les cailloux rompent un silence incroyable. On dirait que tout est mort. La solitude nous fait penser à milles choses. Le vent apporte des senteurs boisées dégagées par les arbres surchauffés. La poussière nous irrite les yeux déjà éblouis par la lumière intense réfléchie sur la savane jaunie et les rochers blancs. Après quelques heures de marche, un bruit de bois cassé nous surprend. Les zèbres sont là. Ils nous regardent un instant et s’enfuient. Satisfaits, nous rebroussons chemin vers le camp. Les koudous n’ont pas bougé.
JOUR 2 – WATERBERG PLATEAU - Les pistes empruntées pour découvrir le pays seront longues et poussiéreuses. Nous avons planifié de nous arrêter tous les 300km maximum. Le premier arrêt, entre Windhoek et Etosha, est le Waterberg Plateau.
Après avoir roulé plein nord sur le principal axe routier du pays traversant une plaine sans fin et sans intérêt, nous quittons l’asphalte pour les pistes – les Gravel Roads. Comme il n’y a pas d’obstacles à contourner, les routes et les pistes de cette région sont rectilignes pendant des dizaines de kilomètres. L’atmosphère est tellement sèche et claire que nous apercevons le massif montagneux du Waterberg Plateau à plus de 100 km. Ce rempart de couleur rouge fait plaisir à voir. Il déchire la monotonie de la plaine et apporte des contrastes flamboyants lors du coucher de soleil.
Le camping du parc baptisé Barnabé de la Batte, situé aux pieds du rempart rocheux, est établi là où était une mission allemande au début du siècle. Il n’en reste rien sauf le cimetière parfaitement entretenu. Sur les tombes, ils n’y a que des noms rappelant la Bavière. L’aigle à deux têtes surveille l’entrée du site depuis plus d’un siècle. Nous établissons notre bivouac face au plateau que nous escaladons dans l’après midi. D’en haut, la vue sur la plaine est spectaculaire. Les pistes tracent des lignes droites partant vers l’infini. Dans les rochers, les babouins hurlent pour nous faire fuir. Véronique craint qu’ils ne viennent nous mordre.
Au soir, le traditionnel feu de bois nous tient au chaud sous la voûte étoilée où brillent des milliards d’étoiles. Sans faire le moindre bruit, des petites antilopes passent à côté de nous. Elles nous ignorent totalement. Nous nous sentons absorbés par l’environnement. Pour la première fois, nous dormons en tente sur le toit de la voiture. Blottis dans nos sacs de couchage, nous passons une merveilleuse et confortable nuit malgré une température frisant les 8°c. JOUR 3 – GROOTFONTEIN, TSUMEB, NAMUTONI - En ouvrant la tente, nous sommes surpris de revoir les petites antilopes Damara Dik Dik sortir du bush et longer la voiture comme si nous n’étions pas là. Du haut de notre tente, nous admirons le spectacle sans faire le moindre bruit. Sous un ciel parfaitement bleu et dans la poussière du camp, nous prenons le petit déjeuner en bordure de la savane. Les oiseaux s’approchent de nous pour essayer de voler une miette de pain grillé sous le regard d’un calao râleur perché dans l’arbre sous lequel nous avons installé notre campement. Comme prévu par le loueur de voiture, il ne faudra que 5 minutes pour replier la tente et remettre la bâche protectrice. Avant de partir, je m’informe sur l’état de la piste de Grootfontein. C’est un conseil que m’avait donné un ami Sud-Africain afin de ne pas se retrouver bloqué au milieu de nulle part par une route barrée et de devoir rebrousser chemin sur des centaines de kilomètres. La piste est vraiment très bonne et, avec les quatre roues motrices enclenchées, nous ne mettrons que 2h30 pour traverser les pâturages des quelques ranchs de la région. Pour éviter que le bétail ne se mélange, les terrains sont clôturés et il faut régulièrement nous arrêter pour ouvrir les barrières de séparation. Depuis que l’on a passé le dernier lodge du parc, nous n’avons plus vu de voiture. Quelque soit la vitesse, nous soulevons un nuage de poussières qui doit être très désagréable pour les quelques bergers et cyclistes que nous croisons. Ils nous font toujours signe. De temps en temps, l’arrière de la voiture dérape. Sans donner le moindre coup de volant qui pourrait être fatal, nous contrôlons la trajectoire quitte à sortir un peu de la route. Se retourner ici, loin de tout, serait une très mauvaise idée. Grootfontein est réputé pour être une ville pouvant être dangereuse. Nous évitons d’y rentrer et prenons la route vers Tsumeb pour y faire le plein d’essence et de nourriture avant de rejoindre le parc d’Etosha situé à 100km à l’ouest. L’entrée de la ville laisse présager un endroit agréable à vivre.
La « ranger », aux pieds très lourds, est accompagnée de plusieurs enfants. Pour éviter des longs trajets journaliers, le personnel du parc vit sur leur lieu de travail. Elle m’accueille dans sa guérite délabrée pour remplir le permis de visite. En vain, j’essaie de discuter avec elle. Munis du fameux papier, nous franchissons la barrière. A partir d’ici mettre un pied en dehors du véhicule, c’est entrer dans la chaîne alimentaire.
Il est 14h. Le soleil tape dur sur la savane. Le premier animal que nous voyons est une hyène gisant sur le bord de la route. La vitesse est limitée à 50km/h pour éviter les collisions avec les animaux mais peu de conducteur la respecte. Avant d’arriver au camp du Namutoni, nous apercevons des zèbres et des girafes qui broutent sur le bord de la route. L’herbe doit sûrement y être meilleure. JOURS 4 A 9 – PARC NATIONAL D’ETOSHA - Durant cinq jours, tous les matins au lever du soleil, nous quittons les Rest Camp de Namutoni, Halali et Okukejo pour découvrir le monde sauvage le long de pistes poussiéreuses d’Etosha. Le vent sec, un soleil torride qui brule de milles feux et l’absence de pluie depuis des mois ont complètement brulé la savane. Les arbres semblent tous morts. A de rares exceptions près, les trous d’eau sont à sec. Et pourtant, nous approchons, parfois de très près, des troupeaux de zèbres, de springboks, d’éléphants, de koudous, d’oryx, de gnous, de girafes, etc. Ils survivent le long du pan d’Etosha, un lac de sel d’une blancheur éblouissante, aride et sec depuis des milliers d’années.
Parmi les grands moments nous retenons l’approche, à trois mètres, d’un groupe d’éléphants, l’immersion dans un troupeau de zèbres, le groupe de lions à coté de la voiture et la rencontre avec les hyènes très tôt au matin. Mais surtout, nous allons être marqués par les couchers de soleil aux points d’eau des campings. Après avoir roulé pendant toute la journée, les visiteurs du parc se retrouvent autour des points d’eau où règne un silence incroyable. Chacun est attentif à l’arrivée d’un animal alors que le soleil descend inexorablement et colore l’atmosphère de mille couleurs orangées. L’arrivée des animaux, koudous, zèbres, girafes, éléphants ou rhinocéros est attendue, espérée même, mais toujours magique.
Le calme de la savane est rompu par les cris des chacals. On dirait des bébés qui pleurent. Avec une extrême prudence, les girafes et des koudous se rapprochent alors que les chacals semblent nerveux. On ne distingue rien. Et pourtant, un groupe d’éléphants se détache de la savane et s’approche de nous. Ils ne font pas le moindre bruit. Peu après arrivent des rhinocéros que personne n’a entendus sauf les éléphants qui, énervés, marque leur autorité en secouant les oreilles, laissant planer un nuage de poussière. Les girafes restent distantes alors que les koudous ont fuit. Nous observons la scène sans comprendre les règles qui régissent la vie sauvage. Nous nous sentons totalement étrangers à ce monde qui nous fascine et nous émerveille.
Il fait maintenant nuit. Le ciel est d’un bleu profond. L’air se refroidit. Nous avons envie d’aller nous asseoir au chaud près du feu. L’espoir de voir une famille de lions ou n’importe quel autre animal nous fait rester. Après une heure sans le moindre mouvement dans une savane qui semble endormie, nous nous retrouvons en compagnie des éléphants, des chacals et même d’un léopard. Ces moments uniques nous renvoient aux premières heures de la vie sur terre lorsqu’une parfaite harmonie régnait.
De retour au camp et après avoir déployé notre tente, nous allumons un feu pour nous réchauffer et faire le barbecue. Autour du brasier sur lequel cuit une viande succulente et avec un verre de vin à la main, nous essayons d’identifier les bruits qui nous entourent. Les nombreux feux de camp qui brillent dans la nuit créent une atmosphère particulière toute africaine. La nuit, nous rêvons d’une Afrique sauvage et sereine. Pendant ce temps, les fauves sont à la chasse et des centaines de milliers de bêtes veillent pour leur survie. JOUR 10 ET 11 – KAOKOLAND - Le dernier matin dans le parc, au rest camp de Okukuejo, alors que nous sortons de la tente, nous avons un éléphant face à nous. Seule une clôture en fil barbelé nous sépare du pachyderme. Comme tous les éléphants, il dégage une odeur pestilentielle d’excrément. Quelques oryx passent à coté de lui pour aller au point d’eau. Rien ne le perturbe, même pas le bruit de la bouilloire qui siffle. Malheureusement, il faut partir. L’éléphant aussi dirait-on. Deux histoires différentes nous attendent. Pour lui c’est la brousse en l’attente de la pluie qui devrait arriver d’ici quelques semaines. Pour nous, c’est la suite du voyage vers le Kaokaland à la découverte de la tribu africaine la plus éloignée de la modernité et de la civilisation : les Himbas, les hommes rouges. En route vers Opujo et Epupa, à la frontière angolaise, nous traversons la région désertique du Kaokoland. La plaine d’Etosha laisse rapidement la place à des collines boisées et plus au nord à de réelles montagnes. Régulièrement, les couleurs du paysage et de la piste changent. On passe du jaune au rouge puis du gris au marron. Sur environ 600km de piste, nous ne passons que par trois « villes » : Kamajab, Opujo et Otjijanjasemo. La différence entre ces villes du nord-ouest et celles du centre est incroyable. Ici, l’influence de l’Afrique de Sud a totalement disparu. On est vraiment en Afrique noire. Les gens sont pauvres, les villages n’ont rien d’attirant, le bétail enfermé dans des enclos formés de branchages, des épaves de voitures sont conservées à coté des maisons, etc.
Entre Kamanjab et Opujo, l’état namibien a dressé une clôture gigantesque. C’est la frontière sanitaire appelée la Red Line. En raison des maladies, le bétail du nord ne peut absolument pas être mélangé ou vendu avec le bétail du sud. Cette ligne ne sépare pas que les animaux mais aussi les hommes. Le sud fait partie de l’Afrique moderne et le nord, c’est le tiers monde. N’ayant plus assez d’essence pour rejoindre Opujo par la route principale, nous prenons une piste secondaire qui va nous faire gagner 85km. Au fur et à mesure que nous progressons vers Opujo, nous voyons l’habitat et le niveau de vie se dégrader. Les maisons deviennent des baraquements de fortune ou des maisons en terre. L’eau, déjà rare dans le pays, devient un luxe.
Nous ressentons une relation tendue entre les Hereros, ethnie majoritaire et moderne, et les Himbas, traditionnels et vivant hors du temps. Il semble que la communauté d’Opuwo ne vit pas en harmonie. Nous pensions faire une halte dans cette ville et c’est avec une sorte de soulagement que nous la quittons vite fait. Pour la première fois de notre vie, nous venons de découvrir l’Afrique pauvre qui probablement commence ici et finit aux contreforts du Sahara, à des milliers de kilomètres au nord. Au plus on approche de l’Angola, au plus le relief s’élève. La route commence à serpenter dans un paysage splendide découpé par d’hypothétiques rivières. Les villages Himbas sont de plus en plus nombreux. Le long de la route, les enfants nous font signe de nous arrêter. Ils espèrent recevoir des bonbons. Une catastrophe pour leurs dents qui ne sont pas accoutumées au sucre, inexistant dans cette partie du monde. Les adultes aussi font signe. Ils attendent du tabac et de l’alcool, un désastre pour l’organisme de ces hommes qui n’y résiste pas. On ne s’arrêtera qu’une seule fois. Ne parlant pas l’anglais ni l’Afrikaans, les Himbas font des signes incompréhensibles pour obtenir des cadeaux. N’ayant pas pensé à acheter du sel ou de la nourriture sèche à leur donner, nous repartons sans s’être fait comprendre. L’arrivée à Epupa est très agréable. D’abord cette oasis verdoyante qui apparaît brutalement, sans prévenir, dans un environnement asséché et jauni par des mois de soleil brulant. Ensuite, le retour des sourires de la part des Himbas qui, ici, n’ont pas encore été pollués par le tourisme de masse qui sévit à Opuwo. Nous sommes les bienvenus sur leur terre. Au milieu de l’oasis coule la rivière Kunene. Avec un vacarme assourdissant, la rivière plonge dans la cataracte formant les Epupa Falls. Le spectacle est magnifique. Le camping est blotti sous les palmiers dans lesquels les oiseaux chantent. Nous sommes surpris de voir des inséparables verts et rouges comme ceux que nous avons en cage la maison. Leurs cris nous rappellent notre chez nous, loin d’ici.
JOURS 12 ET 13 – EPUPA ET LES HIMBAS - Pendant deux jours nous vivons au bord de la rivière. Nous nous lavons dans des douches à ciel ouvert sous les palmiers. Nous parlons et rions avec les Himbas qui vendent des petites statuettes en bois les représentant. Les femmes lavent le linge au bord de la rivière. Les hommes travaillent au camp et au village. Tout le monde vit d’une micro activité touristique qui, nous l’espérons, ne se développera jamais au risque de transformer cet endroit magique en un Opuwo Beach.
Lors d’une de nos balades le long de la rivière, nous rencontrons Elia Tolu. Il est guide, comme tout le monde à Epupa. A plusieurs, ils ont créé les Epupa Trails pour offrir aux visiteurs l’opportunité de découvrir les environs en compagnie d’un habitant. Après quelques instants de discussion, nous comprenons que Elia fut le guide de Muriel Robin lorsqu’elle a participé à l’émission de France 2 sur les Himbas. Il nous raconte quand, comment et où le film a été réalisé. Ce qu’il nous dit semble véridique. Il nous intéresse avec son histoire qui nous lie à l’Europe. On convient de se retrouver le lendemain pour aller marcher ensemble. Il ne viendra pas au rendez-vous.
Au camp, nous rencontrons quelques touristes ainsi qu’un guide français qui nous parle de Himbas avec passion. Il nous apprend pourquoi ils vivent comme ça, pourquoi ils pensent qu’une photographie prend leur âme, comment les aborder sans les humilier, comment visiter un village de manière « équitable », quels sont les méfaits de l’alcool, quel est leur position dans la société Namibienne, etc. Il faut être là-bas pour comprendre. La soirée est passionnante.
Une fin d’après-midi, depuis le haut des collines surplombant les chutes et la vallée de la Kunene, nous admirons la variété du paysage. A gauche et à droite, les montagnes, désertes. Au milieu, la rivière et les hommes. Nous sommes charmés par le coucher de soleil. Au soir, seuls au bord de la rivière, nous sommes bercés par le bruit de chutes distantes de 50 mètres. Plus besoin du feu pour se réchauffer. Sous cette latitude, la température ne passe pas sous les 20°. C’est bien agréable après les nuits glaciales d’Etosha. JOUR 14 – DAMARALAND - Il est déjà temps de partir. Le retour vers Opuwo ne nous enchante pas mais c’est le passage obligé pour aller à Sesfontein dans le Damaraland. Comme convenu avec un habitant du village, nous embarquons sa petite sœur pour la déposer à Opuwo. La petite, âgée de 10 ans, vêtue d’un pagne et d’un châle, ne parle pas anglais. Impossible de communiquer. Véronique essaie d’échanger quelques mots sans aucun succès. Même son prénom est impossible à comprendre. On imagine qu’elle n’a pas l’habitude de la voiture et que c’est peut-être la première fois qu’elle va à Opuwo. Personne n’est avec elle alors qu’elle part avec deux inconnus blancs qui ne parlent pas sa langue. Après trois heures de bonne piste en solitaire, nous revoilà à l’endroit le plus désagréable de Namibie, Opuwo. La petite passagère, qui a dormi durant la plus grande partie du trajet nous fait signe de nous arrêter à l’entrée de la ville. Je lui donne son sac pesant et encombrant et la voilà partie seule. Après 20 mètres, elle ne peut plus le porter tellement il est lourd. Elle le laisse tomber. Aucun adulte ne se lève pour l’aider alors qu’elle peine à porter ses affaires. Ne pouvant communiquer et supposant qu’elle sait où elle va, on reprend lâchement la piste vers Sesfontein après s’être ravitaillé. Le paysage est inlassablement le même. Une piste blanche serpente au milieu des collines jaunes et blanches sur lesquelles ont trouve des baobabs quelques fois énormes. De temps en temps, on longe un petit village facilement repérable grâce à l’éolienne du puits à eau. Immanquablement, les habitants nous font de grands signes. Ils ne doivent pas voir grand monde dans ce coin reculé. Après deux heures, sans prévenir, comme d’habitude, le paysage devient montagneux. La route passe des cols et des vallées profondes. Ca monte, ça descend, ça tourne. L’arrivée à Sesfontein est impressionnante. La piste passe au milieu de deux gros massifs rocheux rouges. On dirait l’ouest américain. Et puis, soudain, une plaine couverte de palmiers sous lesquelles on aperçoit des petites huttes, des troupeaux, des enfants qui jouent, des hommes qui font la sieste. Au centre du village construit anarchiquement se trouve l’unique hôtel de la région, le Fort Sesfontein. Le sable, les palmiers et le fort nous font penser à fort Saganne : une oasis algérienne blottie dans le désert et protégée par une place militaire.
Malgré plusieurs tentatives, nous finissons par abandonner. Il est tard, le soleil se couche et nous risquons de nous ensabler. Avant de rentrer, nous roulons dans le lit de la rivière Hoanib taillé à même la roche par de l’eau imaginaire. Les couleurs du paysage sont grandioses. Quelques arbres allant puiser l’eau en profondeur apportent des teintes d’automne aux montagnes blanches. Le sable ridé par le vent est couvert de troncs blanchis par la poussière. Le calme est impressionnant. L’air est très sec et il ne pleut jamais. Nous sommes sur une autre planète. Comment des éléphants font-ils pour survivre dans ce désert ? De retour au village, nous négocions l’assistance d’un guide pour nous conduire à la concession le lendemain tôt au matin. Le guide nous explique qu’il y a un groupe de 25 éléphants le long de l’Hoanib mais à 60 km de Sesfontain. Ils ressemblent à ceux d’Etosha. Par contre, ils ont développé la capacité de creuser des trous pour aller chercher l’eau et mangent des acacias. JOUR 15 – L’HOANIB – Après une nuit froide et humide, nous démontons notre campement. La tente est trempée et pour la première fois en 15 jours, il y a des nuages. Nous allons chercher le guide au village. Il nous montre la route jusqu’à la concession de Palmwag que nous
JOUR 16 – TWIJFELFONTEIN – Comme la plupart des touristes, nous séjournons à Twijfelfontein pour les roches gravées, la savane et l’environnement rocheux de couleur feu.
Pour la dernière étape dans la Namibie sauvage, nous installons notre bivouac dans le camping de Aba Huab, le long de la rivière du même nom. L’excitation monte instantanément lorsque l’on nous signale qu’hier soir les éléphants étaient dans le camping. Durant l’après midi, nous roulons dans la savane à la recherche des animaux. Quelques oryx et springbok égaillent la plaine bordée de falaises rouges. Après plusieurs jours sans électricité, je me retrouve sans batteries pour l’appareil photo. Les souvenirs resteront dans la tête. Assez curieusement, démuni de mon appareil, je profite pleinement de l’environnement. Je n’hésite pas à sortir pour approcher les animaux, quitte à ce qu’ils s’enfuient. La crainte de rater la photo ne me tracasse plus. Au point d’eau, nous rencontrons un groupe d’éléphants avec des petits. Notre présence les indiffère jusqu’à ce que nous nous approchions de trop près. Avec un grand mouvement de tête dégageant de la poussière, le gros mâle s’approche de nous pour nous faire comprendre qu’il faut reculer. A distance raisonnable, nous passons quelques heures à voir évoluer les animaux et tant pis pour les roches gravées. C’est la plus belle sieste de notre vie.
De retour au camp, nous montons sur la colline surplombant la rivière pour voir le coucher de soleil. Le ciel est noir d’un coté et orange de l’autre. Une légère brume voile le soleil et filtre la lumière. Tout le paysage prend une teinte pastel violacée. Le sable du lit de la rivière passe du blanc au rose. C’est splendide. Il ne manque que les éléphants pour rendre ce moment magique. A défaut d’éléphants, c’est un troupeau de vaches qui vient au puits. Le silence incroyable de la journée fait place aux chants des insectes qui se réveillent au fur et à mesure que l’atmosphère se rafraichit. N’ayant pas envie de cuisiner, nous allons manger au restaurant du camping. Repus du très bon repas à 75N$, c’est autour du feu de camp et sous la voute étoilée que nous passons la soirée. Des jeunes venus de Khorixas, 100km à l’est, sont aussi autour du feu. Nous sommes les seuls blancs à les rejoindre. Les autres étrangers sont au bar en train de s’enivrer à la bière. Pour faire passer le temps, on se raconte des histoires à relais en mélangeant l’anglais et le Daman, la langue à cliques de la région. Chaque participant, nous y compris, doit continuer l’histoire en improvisant. Ils sont charmants et très amicaux. On se raconte nos différences, nos croyances, nos traditions. Nous garderons un très bon souvenir de cette soirée entre jeunes.
Entre Uis et le littoral, la route est parfaitement rectiligne et monotone. Il n’y a plus rien à voir. Notre regard est fixé sur la masse nuageuse grise qui couvre l’océan et qui s’approche lentement de nous. La température baisse et les voitures que nous croisons ont les phares allumés. Prévoyant du mauvais temps malgré la latitude tropicale, nous sortons nos vestes et pulls. C’est sous la bruine que nous découvrons l’océan atlantique. Sans soleil, la Skeleton Coast n’a rien de charmant et pourtant, les photos que nous avions vues étaient superbes. La salt road qui file plein nord ressemble à une route de terre. Les collines et les dunes sont sans relief. Nous sommes déçus par ce que nous voyons. La région côtière est exploitée par des usines de sel et de gigantesques campings, fermés en hiver, ont pris possession du littoral. C’est dans le vent, le froid, la bruine et le brouillard, que nous faisons une courte pause sur la plage accessible en 4x4. La solitude est brisée par les albatros qui passent en rase mottes au dessus des vagues déferlant sur une large plage au sable gris s’étendant à perte de vue. L’odeur du vent marin est prenante. L’eau est glaciale.
En mal d’animaux et dans un froid glacial, nous allons jusqu’à Cape Cross pour y voir la colonie d’otaries du Cap. Nous marchons dans le vent et la pluie pour approcher les animaux. Véronique a du mal à supporter l’odeur des cadavres d’otaries en décomposition sur lesquels des milliers d’animaux font la sieste ou se roulent sur le dos. Quelques mâles se battent alors que d’autres batifolent dans les fortes vagues. Le cri des petits ressemble à des beuglements de moutons. On a du mal à croire que l’on est en Afrique. JOURS 18 A 21 – SWAKOPMUND ET WALVIS BAY - Toujours sous un ciel gris et dans le vent, nous arrivons à Swakopmund, la deuxième ville de Namibie. Le contraste entre le nord du pays et la ville est terrible. D’un coup de baguette magique, tout a changé. Nous découvrons une charmante ville européanisée avec des magasins, des hôpitaux, des constructions modernes, des supermarchés, etc… Ce qui nous frappe particulièrement c’est qu’il n’y a que des blancs sur les trottoirs. Même le logement change. Nous abandonnons le camping pour un Backpacker Lodge: l’Alternative Space. Frenus, le propriétaire des lieux, nous accueille en amis. On a l’impression que l’on se connaît depuis toujours. Il nous fait découvrir sa superbe maison et nous laisse choisir la chambre. Le blanc domine dans une décoration sombre et élégante. Il y a de très belles photos au mur. Tout est fait pour que le visiteur se sente chez lui. Il nous donne les clefs. Nous voilà chez nous.
A quelques centaines de mètres de « notre » maison commence le plus vieux désert au monde. L’ambiance est décontractée dans la ville. Nous allons nous balader au bord de mer et en profitons pour réserver une table dans un restaurant poisson. Après deux semaines durant lesquelles nous avons mangé de la viande succulente, le plateau d’huitres et le succulent poisson fraichement péché apportent une nouvelle touche au changement. Décidemment, ce pays est extraordinaire. Depuis le début du voyage, nous sommes régulièrement surpris par le changement. Jamais nous n’avons le sentiment de lassitude. Tous les matins le ciel est couvert et il fait froid. Vers 11 heures, le brouillard est repoussé vers la mer et un soleil éclatant fait ressortir les couleurs des maisonnettes en bois qui bordent la côte. La ville est très développée et la façade maritime ressemble à une station balnéaire de Normandie où les touristes déambulent en mangeant des glaces en dessous des palmiers. Le ciel azur et l’océan bleu profond font ressortir le jaune orangé des dunes sur lesquelles sont pratiqués du surf, du quad, du cheval, de la moto etc. Durant les trois jours sur place, nous prenons beaucoup de bon temps. Entre la flânerie dans les magasins à la recherche du souvenir Namibien et les balades des dunes, nous allons jusqu’au lagon de Walvis Bay pour y voir les flamands roses. La route longe des dunes impressionnantes qui semblent avaler la route. Sur la cote, un bateau de pêcheur s’est échoué lors de la dernière tempête. A moins qu’il ne soit dégagé, la mer aura vite fait de dévorer sa structure en acier. Il rentrera alors dans la longue liste des épaves, les squelettes, qui jonchent cette dangereuse côte. JOURS 22 A 23 – NAMIB DESERT ET SOSSUSVLEI – La route entre Swakop’ et le Kuiseb Canyon n’est pas spectaculaire. N’étant pas pressés, Frenus nous recommande de faire un détour d’une centaine de kilomètres en passant par le parc du Namib en direction de Gobabeb. Quel merveilleux conseil.
Perdu au milieu du désert de pierres, nous suivons les dunes et le cordon de végétation qui pousse dans le lit de la rivière asséchée. La gigantesque plaine de Gonab est régulièrement déchirée par les couleurs noir et blanc des parois rocheuses sorties de terre. Ici, le terme Solitaire prend tout son sens. Les indications de routes sont quasi inexistantes. Le GPS, l’équipement de secours de la voiture et beaucoup d’eau sont indispensables. Tomber en panne dans cette région désertique pourrait être fatal. Les lacets de la route nous font traverser plusieurs fois le tropique du Capricorne. De temps en temps nous voyons des Oryx et des autruches. Au plus nous allons vers le sud, au plus il fait chaud. Peu après avoir rejoint la route principale en direction de Solitaire, nous franchissons le Kuiseb Canyon et puis le Gaub Pass. C’est magnifique et tellement grand qu’aucune photo ne peut reproduire ces paysages.
En milieu d’après midi, nous arrivons à Solitaire. C’est le Bagdad café de Namibie et le passage obligé pour faire le plein avant le grand sud. Surtout c’est la pause gastronomique du désert. Ce serait une erreur de ne pas déguster le célèbre Appfelcrambel de Mosse, le maître des lieux. Encore quelques heures de bonnes pistes à travers un paysage ressemblant à l’Arizona, et nous voilà enfin à Sesriem, l’un des hauts lieux du tourisme namibien. Sesriem est la porte d’entrée du désert du Namib. C’est d’ici que part l’unique piste qui s’enfonce dans les dunes pour arriver, 60km plus loin à Sossusvlei. Le camp est très bien placé, propre et calme. Chaque emplacement a un arbre pour l’ombre et son barbecue en dur, comme dans tous les camps. Les voisins les plus proches sont à 40 mètres. Pour profiter de la lumière exceptionnelle du lever et du coucher du soleil, il faut loger au camp. En effet, les résidents ont droit à une heure en plus dans le parc, tant le matin que le soir. Pendant la journée, les dunes sont très belles mais elles deviennent exceptionnelles lorsque la lumière est rasante. Les jeux d’ombre dans le sable orange vif sont spectaculaires.
Il est 5 heures du soir lorsque nous prenons la route asphaltée en direction de Sossusvlei. La dune 45 est impressionnante mais le spectacle ne devient grandiose qu’à partir de la piste sablonneuse réservée aux 4x4. Le visiteur est entouré des dunes les plus hautes du monde et faisant parfois plus de 300 mètres de haut. La végétation en fleurs apporte des couleurs joyeuses. Le silence est effrayant et la chaleur intense. Gravir les dunes autour de Dead Vlei permet de découvrir un panorama à couper le souffle. L’effort de la montée est vraiment récompensé. A perte de vue, il n’y a que du sable. D’en haut, il est amusant de se laisser glisser sur le flanc chaud de la dune. Après que le soleil ne soit couché, les dunes se colorent en rose puis en pourpre et contrastent avec le ciel bleu éclatant. Il n’y a pas de mot assez fort pour décrire la beauté de Sossusvlei.
Au soir, autour du dernier feu activé par une tempête de sable qui se lève, nous pensons déjà au retour vers Windhoek. On se remémore les grandes émotions du séjour. Achever le voyage dans la pureté du désert, seuls et loin de tout, nous laisse un souvenir exceptionnel d’un pays qui malgré sa désolation offre aux visiteurs des paysages à multiples facettes, de l’inattendu, une vie sauvage abondante et surtout une population chaleureuse et accueillante. Que ce soit aux campings, dans les parcs, le long de la route, aux postes de police, dans les supermarchés, nous avons été marqués par la sympathie des Namibiens. Nous espérons que le développement, que nous appelons parfois modernisation, ne dégradera pas ce pays merveilleux. Ce serait une erreur pour l’industrie du tourisme mais surtout pour le peuple qui aime son pays tel qu’il est aujourd’hui. Visiter la Namibie en 4x4 avec la tente sur le toit nous a offert l’opportunité d’être proche de la nature et de la faune. Cette aventure était extraordinaire et nous espérons que les lecteurs de ce carnet de voyage partageront nos émotions et auront envie de les vivre à leur tour. Soyez extrêmement prudent sur les routes et bon voyage. Ce récit a aussi été publié sur : - i-voyages: http://www.i-voyages.net/dossiers/dossiers.php?val=1354_la+magie+namibienne - namibie-voyage: http://www.namibie-voyage.info/dossiers/dossiers.php?val=88_magie+namibienne
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