




| :: Jour 6 (le 18 septembre 2003) - Le marché d'Otavalo |
Tout le monde parle du marché d'Otavalo comme étant le marché le plus typique de l’Equateur. Les guides Routard et Lonely motivent les voyageurs à aller y passer la journée et découvrir les environs.
Le grand marché se tient le samedi et nous n’avons pas vraiment envie de nous retrouver avec tous les touristes de l’Equateur. Après discussions avec les gens de l’hôtel et surtout avec nos amis Anna et Jan, nous apprenons qu’il y a un marché tous les jours à Otavalo et que celui du jeudi rassemble presque autant de vendeurs que le samedi. Comme nous sommes jeudi, la question d’y aller ne se pose donc pas et nous prenons rapidement la décision de faire les 2 heures de bus nécessaires pour rejoindre la ville se trouvant à 100km au nord de Quito.
Les bus longue-distance qui quittent Quito se prennent obligatoirement à la gare routière appelée ‘Terminal Terrestre’. Le taxi nous y dépose et nous fait comprendre que le bus pour Otavalo a déjà quitté le terminal et qu’il est juste devant nous. Le taximan lui avait fait signe pour qu'il ralentisse pour nous prendre. On court pour l’attraper. Nous sommes satisfaits d’être dedans et d’avoir eu un taximan sympathique. Plaisir de courte durée. Le bus arrête tous les 50 mètres pour charger des passagers et mettra une heure pour quitter Quito. On s’est fait avoir. On n’a pas pris un bus direct mais un vieux brol déglingué.
Deux heures de route sur la Panaméricaine. Nous traversons de superbes défilés montagneux. Longeons des vallées encaissées au fond desquelles coulent des rivières emportant les routes. Le paysage d’altitude est superbe. Montagneux et désertique à la fois avec des sommets enneigés à l’horizon. Le bus étant complet depuis Caldéron, il ne s’arrêtera plus jusqu’à un contrôle routier. Un policier entre dans le bus pour vérifier les papiers des passagers. Une chance que nous avions repris notre passeport dans le coffre de l’hôtel.
Le chauffeur du bus roule n’importe comment. Il faut imaginer une route large sinuant en pleine montagne avec des ravins très profonds d’un coté et une paroi rocheuse de l’autre. La route asphaltée est empruntée par de nombreux bus et camions traversant le pays dans le sens nord-sud. Les manœuvres de dépassement se font sans regarder s’il y a un camion en face. Il passe en plein tournant. Le klaxon est la seule arme et le temps le seul objectif. La sécurité est un mot nouveau venu de l’Europe. Ils ne l’ont pas encore compris. Le nombre de morts sur les routes du pays est énorme et tous les jours des bus s’écrasent au fond des ravins ou bien percutent un poids lourd venant en sens inverse. Pour les équatoriens s’est normal. Pour nous c’est stressant mais on a pas le choix, il faut se déplacer.
Arrivé à Otavalo, nous demandons de nous déposer près du marché. La ville n’est pas très grande. Le bus s’arrête à la sortie Nord de la ville pour nous déposer. Le transport nous coûtera 2 dollars. Le tarif est simple à estimer : un dollar par heure de route.

Pour rejoindre le marché, nous descendons une rue en terre. Traversons la rivière remplie de détritus. Il n’y a pas le moindre touriste à l’horizon et nous faisons un peu tache. Les habitants nous croisent sans rien dire. La ville commence réellement en haut d’un escalier remontant depuis la rivière. Les rues sont à présent asphaltées et beaucoup de personnes chargées de légumes circulent à pied.

Le marché commence un peu plus loin. Les vendeurs sont de part et d’autres de la rue. Les étals sont remplis de légumes magnifiques. Les fruits sont appétissants. Nous achetons des bananes à un vendeur. Véro lui demande 6 bananes. Il refusera de vendre moins d’un régime complet à la fois. Son voisin nous tend 6 bananes bien mures que nous payons 10 cents. Elles sont délicieuses.

Les habitants d’Otavalo sont habillés de manière traditionnelle. Vêtements bleus et noirs. Les femmes portent un large collier et une espèce de loque sur la tête. Pour la première fois depuis notre arrivée nous sommes totalement dépaysés. Le marché aux légumes se tient au centre de la ville autour d’une halle où se trouvent des petits restaurants infâmes.

Les marchands sont installés sous les voûtes d’une galerie bordant la halle. C’est très sale et ça pue. Il n’y a presque que des femmes qui vendent et achètent. Où sont les hommes ? A l’intérieur de la halle, les odeurs de restaurants ne donnent pas envie de manger quoique ce soit. Ils cuisent toutes les parties du cochon et exposent des morceaux de peaux, des groins, des oreilles, des crânes, des têtes décapitées, etc. Des gens mangent dans cet environnement d’abattoir. Un peu plus loin dans la halle se trouvent les marchands d’épices et de fruits secs. On se croit à Istanbul avec des femmes ressemblant à des indiennes. Les couleurs sont magnifiques malgré le manque de soleil.

N’ayant pas vraiment envie d’acheter de la viande, nous quittons la halle pour aller au marché artisanal situé à quelques centaines de mètres de là. Croisant une banque, j’en profite pour changer un billet de 100$ en petites coupures (mas pequiña). La file est très longue. Curieusement, le garde de sécurité m’interpelle et me dit de dépasser tout le monde et d’attendre au guichet que le client précédent ait terminé. En fait, c’est le client qui me fera le change et non pas la banque. Drôle de façon de procéder. Cette cliente habillée traditionnellement sortira une liasse de billets du dessous d’une de ces 4 jupes. Incroyable que des gens apparemment si pauvres puissent avoir autant d’argent.

Le marché artisanal indien destiné aux touristes se tient sur la vaste Plaza de Poncho. Beaucoup de marchands de tapis multicolores. Un peu déçu, nous faisons rapidement le tour. Tous les objets vendus sont les mêmes sauf chez l’un ou l’autre. Un tapis attire notre regard. Par manque de vocabulaire, je ne parviens pas à bien négocier le tapis. Ne pas discuter un prix est considéré par les indiens comme un manque de respect. Il faut absolument essayer. Finalement j’aurai 2 dollars de réduction parce que nous prenons deux tapis. Un autre étal présentant des objets taillés dans la roche volcanique m’intéresse. Je dis à Véro que le soleil inca taillé dans la lave ira très bien dans notre appartement. Ca doit valoir quelques dollars. On demande le prix. Le gars nous annonce 12 dollars. Je souris et me demande quoi lui répondre. Véro me suggère d’annoncer un prix. Je n’ose pas dire 2 dollars et annonce 5. L’affaire est faite ! J’ai dû payer ça très cher pour qu’il accepte aussi vite.
La matinée est passée très vite et il commence à pleuvoir. Ca tombe bien, on a faim. Le premier restaurant dans lequel nous rentrons, le Café Sol y Luna, recommandé par le Routard, semble pas mal du tout. Il y a une belle terrasse avec des parasols (pour s’abriter de la pluie) et quelques fleurs. Malheureusement, la carte est nulle et nous partons. Le conseil du Lonely sera bien meilleur. Il nous envoie dans une restaurant typique. La salle est couverte de carrelages style azulejos. Ca à l’air propre et la carte nous attire. Le personnel est habillé avec des très beaux vêtements traditionnels. On fera un très bon repas en attendant que la pluie passe. Désolé, j'ai oublié le nom du resto.

L’après-midi commence par une promenade digestive dans les rues. On s’arrête sur la place principale. Il y a une fontaine, deux palmiers, une église et des belles maisons de couleurs. D’ici on voit les volcans Imbabura et Catacachi qui dominent la ville.
En arrivant en bus, nous avions longé un lac de montagne situé aux pieds du volcan Imbabura (alt. 4609m). Le Lonely Planet recommande d’en faire le tour depuis l'hosteria Puerto Lago. Nous prenons un taxi à la gare désaffectée pour nous y amener. Quinze minutes de trajet et nous voilà au bord du lac avec une somptueuse montagne face à nous. Sur le lac, des îlots herbeux flottants dérivent poussés par le vent. Des gens y récoltent de l’herbe. Même les cochons et les veaux s’y aventurent. En marchant, le sol s’enfonce sous la surface de l’eau mais pas suffisamment pour couler. Le temps est très gris et le vent souffle.

L’hosteria Puerto Lago est composé de beaux chalets en bois et d’une habitation principale faisant resto-bar. Nous y entrons pour nous réchauffer, faire pipi et boire un jus de fruit devant le joli panorama composé du lac et de l’Imbabura.

Après une heure passée dans cet établissement chic, nous rejoignons la Panaméricaine pour prendre le premier bus pour Quito. Sur la route, il suffit de faire signe à un bus et il s’arrête. Fort de notre expérience de l’aller, nous n’arrêtons pas n’importe quel bus mais uniquement les bus modernes ressemblant à un car. Ce sont des bus directs et confortables. Il faudra attendre 10 minutes pour qu’il y en ait un qui passe. L’embarquement est assez rigolo. Nous n’étions pas encore montés que le chauffeur démarre à fond. Denis est propulsé dans le fond du bus et moi je m’écroule d’un coup. Le bus est beaucoup plus confortable que celui de l’aller et ceux pris les autres jours. Il n’est pas en ruine, il y a des toilettes et une télé. On regarde Matrix II en espagnol. Décidément, on connaîtra le film par cœur. C’était aussi ce film dans l’avion Madrid-Quito.
Bercé par le roulis du bus, nous avons tendance à nous endormir. Il ne faut pourtant pas s’assoupir et surveiller les sacs. Pas facile. La beauté du paysage au soleil couchant et surtout le potin de Matrix nous gardent éveillés.
En taxi, nous rentrons à l'hôtel pour déposer nos affaires et se rafraîchir un peu.
Il est 18:00, c'est l'heure de l'apéro. Il y a un bar mexicain en face de Biking Dutchman. Idéal pour s'enfiler une margarita. Le bar n'a rien de passionnant et il est vide. On commande 3 Magaritas à un mec qui a oublié de sourire. Il tire une tête d'un mètre lorsque nous disons qu'il ne faut ni glace ni sel dans les Margaritas. Il a dû se dire qu'ils sont fous ces gringos. C'est vrai qu'une Margarita avec glace est meilleure mais l'eau des glaçons n'est pas saine pour des européens aux intestins fragiles. Véro est furax que le serveur ait pu tirer la tête. Ca ne s'arrangera pas lorsqu'il viendra nous amener les verres et les jetant sur la table comme si c'était une insultes d'avoir passé une telle commande. On calme Véro et, affamés, partons rapidement pour dîner.
Pour réconcilier Véro avec la vie, je propose d'aller manger des pâtes dans un restaurant italien à quelques blocs de là. Pas de bol, l'établissement sélectionné est fermé et nous devons nous rabattre sur le 2e choix: La Pizzeria Le Arcate (Baquedano 358 at Juan León Mera) . L'accueil est digne d'un restaurant de classe. Ils essaient de faire haut de gamme alors qu'ils ne servent que des pâtes et des pizzas. Le repas est agrémenté d'une bouteille de vin de table italien que nous payons 15$. C'était bien.
Les rues du Quito moderne ne sont pas très recommandables durant la nuit, il y a d'ailleurs des milices privées armées devant tous les bars et restaurants pour protéger les touristes. Dans cette ambiance nocturne démentielle, nous rentrons directement à l'hôtel.
Récit par Benoit Gosselet - Décembre 2003 - Email: bgosselet@swing.be
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