




| :: Jour 13 (le 25 septembre 2003) - Les hauteurs de Banos |
La petite ville de Banos est bien tranquille au petit matin. On entend chanter les oiseaux, aboyer les chiens et de temps en temps passer une voiture. Tout à coup, ce silence est troublé par une détonation sourde qui envahi la vallée et résonne sur les parois de la montagne. En explosant, le volcan Tungurahua rappelle à tous que la ville est en zone dangereuse. Par la fenêtre on voit la colonne de poussières s'élever dans le ciel. On apprendra plus tard qu'elle a atteint une altitude de 3000m au dessus du cratère et que le volcan est entré dans une nouvelle phase éruptive.
Réveillé par les caprices de la nature, nous allons prendre le petit déjeuner au restaurant de l'hôtel situé au fond du jardin tropical dans lequel les colibris viennent butiner. L'endroit est poussiéreux et le petit déjeuner qui nous est proposé est minable. Une tasse de thé, 2 tranches de pain, une mauvaise confiture et un jus d'orange coupé à l'eau. Furieux d'un service aussi lamentable, j'attrape le serveur et lui fait comprendre à vive voix que c'est se moquer du monde de donner si peu à manger. Il me mettra d'encore plus mauvaise humeur lorsqu'il me dira que le panier de pain supplémentaire et payant. Finalement, on aura ce que l'on veut sans sortir un dollar.
Depuis que nous sommes arrivés à l'hôtel, tout nous faisait comprendre que la direction essaie d'économiser un franc à droite ou à gauche en offrant le strict minimum aux résidants de l'hôtel : une serviette par personne, un petit déjeuner ultra frugal, pas de bois pour alimenter les cheminées dans les chambres (avec supplément pour, justement, la cheminée), la boite à thé mise à disposition sur la terrasse est vide et pas d'eau chaude dans la théière, la réception qui est toujours vide et l'accès au coffre fort qui n'est possible que quand le patron est là… soit jamais.
Après cette première anecdote de la journée et pour profiter au mieux du soleil radieux, nous chaussons nos bottines de randonnée pour aller voir l'éruption depuis l'autre coté de la vallée. De là, la vue sur la ville avec le Tungurahua dans le fond doit être spectaculaire. La rando ne prend que quelques heures.
Pour franchir le Rio Pastaza, un ancien pont suspendu enjambe la rivière. C'est encore le seul moyen de passer à pieds sur des kilomètres en attendant la fin de la construction du nouveau pont. Le chemin part en face du terminal de bus et descend tout de suite vers la rivière. Quelques mules attendent sagement leur chargement avant de repartir vers l'autre coté de la vallée en empruntant le même chemin que le nôtre. Le passage de la rivière, perché 50m au dessus de l'eau est assez impressionnant. Le vent souffle très fort dans le fond de la gorge et fait tanguer le pont. Véro n'est pas à l'aise et refuse que nous passions tous ensemble pour éviter d'autres mouvements. Denis et moi passerons à deux en faisant rebondir le pont. Génial.
A peine le pont traversé, la montée commence vers la crête. Le chemin est tracé à même le flanc de la montagne et le risque de glissade est important. Dans l'autre sens, nous croisons des enfants et les mulets. Au niveau du nouveau pont, nous quittons le chemin pour continuer sur la route en terre jusqu'au hameau perché en dessus le Banos. Tout au long du parcours, les vues sur la ville et le Rio Pastaza sont font de plus en plus belles. Il faut imaginer une ville blottie au font de la vallée, au pieds d'une paroi rocheuse la protégeant des coulées volcaniques avec en avant plan la rivière qui a taillé une saignée profonde et en arrière plan le volcan Tungurahua crachant son panache de fumée. Plusieurs cascades dégringolent du plateau formé par la ville et le blanc de l'eau contraste avec le noir des parois des gorges. Malheureusement, au milieu du superbe paysage, une coulée d'immondices déversées dans la rivière fait tâche. Nous aurons beaucoup de chance d'être si haut tôt le matin car les nuages font vite leur apparition et cacheraient le volcan. Voulant aller plus haut pour avoir une vue dégagée, je me ferai piéger par la brume et les nuages et ne pourrais pas faire la photo souhaitée. Dommage.
D'après la carte topographique achetée par Denis à l'IGM de Quito, il doit y avoir un chemin qui quitte la route au niveau d'un village. En effet, quelques maisons et un centre communautaire nous indiquent le village. Le chemin de terre formé de marches en bois monte dans la montagne en direction du col. Le long de la trace, quelques habitations protégées par des palissades et des barbelés. Nous sommes seuls et en peu inquiet par le risque d'un braquage qui serait d'une facilité incroyable. Heureusement, nous n'aurons aucun problème. La population que nous croisons n'a rien de sympathique et nous n'arracherons aucun sourire ou geste d'amitié. Ici, les gens sont des agriculteurs cultivant les flancs inclinés des montagnes jusqu'à 4000m. Leur travail donne différentes teintes vertes au patchwork recouvrant le paysage. Nous n'irons pas jusqu'au sommet et entamerons la descente par un autre chemin. L'exposition plein sud chauffe l'atmosphère et pour la première fois depuis le début du voyage nous avons chaud. L'Amazonie n'est pas loin.
Nous passons par le même pont pour rentrer. Souhaitant faire quelques photos, Denis prépare son matériel avant le passage. Au dessus de nous, les ouvriers travaillent à la construction du nouveau pont. Aucune rambarde ou corde ne les protége de la chute et ils travaillent en plein vent 200 mètres au dessus du vide. D'en bas, ils paraissent tout petit. Tout à coup, un bruit étrange se fait entendre. On dirait un hélicoptère qui se rapproche à vive allure. Un énorme bruit d'écrasement me fera fuir pour m'abriter de je ne sais quoi. Il s'agit qu'une planche de quelques mètres de long vient de se décrocher du nouveau pont et qui s'est écrasée à moins d'un mètre de Denis. On est passé à deux doigts d'un accident qui aurait pu être dramatique. D'en haut les ouvriers vérifient qu'ils n'y a pas eu de dégâts et reprennent leurs activités après s'être excusé par signes. Refroidi, nous passons la rivière rapidement en craignant de nouvelles chutes. Le vent souffle tellement que d'autres planches se détachent et tombe dans l'eau. Nous remontons rapidement pour ne pas être blessés.
Avant le retour à l'hôtel, nous passons par le supermarché pour acheter l'apéro et de quoi prendre déjeuner. Preuve de l'impact économique du tourisme sur la bourgade, ce magasin est extrêmement bien achalandé et on peut tout y acheter… même du poisson frais du Pacifique. On s'installe dans le salon de l'hôtel pour manger et réfléchir aux activités de l'après-midi. Véro ayant besoin de vacances, elle propose de faire la sieste puis d'aller gentiment jusqu'aux cascades à l'entrée ouest de la ville.
Le ciel est toujours bleu et il fait toujours chaud en cette fin d'après-midi. La balade jusqu'à la cascade de ( ???) est très agréable. En logeant la route, on découvre des panneaux indiquant que l'on est dans une zone rouge qui serait immanquablement détruite en cas d'éruption. En effet, d'ici, on voit très bien le couloir qu'emprunterait une coulée pyroclastique. Les gens qui vivent ici n'ont pas l'air de s'inquiéter alors que les autorités leur ont interdit de revenir après l'évacuation ordonnée il y a quelques années lors du réveil du volcan.
La cascade se trouve à la sortie d'une gorge extrêmement étroite creusée par le Rio Pastaza à travers une ancienne coulée. Un pont passe juste au-dessus et permet d'apprécier la hauteur des gorges que nous estimons à 150/200m. Un petit zoo mal entretenu et réputé pour le manque de soins donné aux animaux essaie d'attirer les touristes de passage. De l'autre coté du pont, la route longe la rivière et l'on peut voir le mur de roche littéralement scié par la rivière qui entre dans les gorges avec furie. La chute d'eau est de l'autre côté. Un petit chemin difficilement identifiable descend à travers les rochers jusqu'à la marmite de géant creusée par l'eau. Le courant est terrible est forme un immense tourbillon avant de continuer sa descente moins tourmentée jusqu'à l'amazone.
Dès la nuit tombée, le froid refait son apparition nous faisant comprendre que nous sommes dans les Andes à 1850m d'altitude. Cette journée bien plus calme que les autres se terminera autour d'un Cuba Libre bien tassé au rhum équatorien et nous irons manger dans un pseudo restaurant méditerranéen servant des pizza et pâtes à une clientèle presque exclusivement étrangère. Avant de rentrer, on s'informe sur la possibilité d'aller voir l'éruption de nuit pour observer le cratère rougeoyant crachant de la roche en fusion. Le ciel étant couvert, l'agence organisatrice nous recommande de revenir un autre jour pour être certain que le sommet ne soit pas dans les nuages.
Allant de surprise en surprise, nous retrouvons notre ami hollandais Jan, de Biking Dutchman, qui accompagne des belges séjournant à notre hôtel. On discute un peu ensemble. Il nous apprend que l'ambassade de Belgique fait souvent appel à ses services pour aider les belges néerlandophones dans les tâches administratives ou en cas de rapatriement. Cette fois, il accompagne des parents dont leur fils a été tué en faisant le tour de l'Equateur à vélo. Le drame s'est passé dans l'ouest du pays sur la route réputée dangereuse reliant Quito à la cote pacifique nord. Le gars était seul sur la route avec tous les bagages accrochés au vélo. Le malheureux s'est fait massacrer à la machette par deux gosses. Heureusement, un tel acte de barbarie est extrêmement rare et le manque de précautions pris par le belge lui a été fatal. Comme toujours en Equateur, la moindre erreur est immédiatement payée cash. Les parents refont le parcours du fils avec Jan qui les guide dans leur pèlerinage. Ils transportent aussi une dalle commémorative qui sera déposé à l'endroit du drame mais que Jan a cassée en allant voir l'éruption avec sa 4x4. Par chance, un tailleur de pierre de Banos peut réparer les dégâts et il ne dira rien aux parents déjà très touchés.
Nous profitons de la présence du patron de l'hôtel pour lui confier notre argent et le mettre au coffre. Grave erreur. N'étant jamais là, nous aurons toutes les difficultés pour récupérer nos biens lorsque nous en avons besoin. Banos étant très développé, on ira chercher de l'argent aux ATM plutôt que d'essayer de trouver le patron.
Récit par Benoit Gosselet - Décembre 2003 - Email: bgosselet@swing.be
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