Depuis de années nous en rêvions. Depuis des mois nous y travaillions, Depuis
des jours nous l’attendions. Ca y est, fin août 2009, nous partons à trois (moi,
ma femme, Véronique et un ami, Denis) pour un des pays les plus mythiques de
l’Afrique Australe, le Botswana.
Peu connu des voyageurs, ce pays désertique est une grande plaine située au nord
de l’Afrique du sud. La vaste étendue poussiéreuse et sablonneuse se situe à une
altitude constante d’environ mille mètres. L’hiver, notre été, est la meilleure
saison pour la visite de ce paradis animalier. Grillés par un soleil de plomb,
la très grande majorité des rivières sont asséchées. Les déplacements dans des
paysages grandioses et désertiques sont grandement facilités tout en restant de
véritables mini-expéditions. S’y rendre en été relève de l’exploit à cause des
pluies diluviennes qui s’abattent sur le pays et transforment quasiment tout le
nord du pays en une gigantesque piscine infranchissable.
Seulement voilà, en juin et juillet 2009, des pluies totalement inattendues se
sont abattues sur le nord du pays et en Angola. L’Okavango, la rivière formant
le fameux delta du nord ouest a débordé, franchissant les barrages géologiques
naturels, pour venir mourir dans les lacs de sels asséchés en quasi permanence du centre du pays,
les pans . Beaucoup de pistes
sont inondées et les pans sont infranchissables. Les itinéraires off road
traditionnels deviennent aventureux et parfois difficiles. Néanmoins, le bon
coté de la médaille est que les paysages sont superbes et verdoyants sous un
ciel d’un bleu éclatant. Cette situation exceptionnelle est une grande chance
pour nous, les voyageurs éphémères, car nous aurons l’opportunité de voir
l’Afrique comme elle est en été alors que nous sommes en hiver.

La préparation
Le Botswana n’est pas un pays qui se visite à l’improviste. A part les trois
bonnes routes qui traversent le pays, tout déplacement doit se faire par les
pistes et donc est très lent. Les moyens de communications sont inexistants sauf
aux alentours des villes et villages, peu nombreux et particulièrement distants
les uns des autres. Les distances sont épouvantablement longues et l’isolement
est permanent. Les parcs et campings sont pris d’assaut des mois à l’avance pour
s’assurer d’avoir une réservation dans chaque spots à visiter sans devoir
modifier le trajet classique traversant les grandes zones sauvages. Les
possibilités d’assistance en cas de pannes sont presque nulles et le voyageur
peu rapidement se trouver pris au piège du bush en cas d’accident.
|
 |
La
présence d’animaux sauvages n’arrange pas les choses. Curieusement,
c’est précisément toutes ces difficultés que nous avons choisi de
relever en venant au Botswana. Une bonne préparation est donc
indispensable pour le voyageur indépendant qui ne pourra compter que sur
lui-même lorsqu’il est éloigné de tout. Nous serons seuls au monde
pendant plusieurs jours.
Les guides de voyage Bradt et Lonely Planet, les forums internet de discussions
sud africains (www.4x4communicaty.co.za), les livres sur les dangers des animaux
et les comportements à adopter dans le bush ont apportés énormément de réponses
lors de la préparation du voyage. De plus, l’expérience acquise lors de voyages
précédents en individuel et surtout en Namibie, a permis d’anticiper les
problèmes qu’un voyageur non aguerri à la conduite sur piste et à la vie dans le
bush auraient pu rencontrer transformant le voyage en désastre. |
Pour faire face aux difficultés et fort d’une expérience africaine éprouvée
mainte fois en Afrique du sud et en Namibie, nous choisissons de voyager en 4x4.
Nous dormirons en tente sur le toit de la voiture. Nous bivouaquerons dans les
parcs et nous ferons notre tambouille tout les jours, ou presque. Un puissant
Land Rover Defender TD5 équipé camping est loué à Johannesbourg chez Bushlore.
La réputation de la société de location et une bonne connaissance de ce
véhicule, tant d’un point de vue mécanique que conduite, sont des gages de
réussite du voyage et à coup sûr, minimisent le risque de rester en rade dans le
bush suite à une petite panne ou un plantage dans l’eau.
Le parcours commencera à Johannesburg et fera environ 3000km au travers du
désert, des pans, de l’Okavango et de la brousse de Chobe jusqu’aux chutes
Victoria que nous atteindrons après 16 jours de voyage. Le retour, en 3 jours,
sera long et probablement inintéressant. En cas d’accident grave ou de problème
de santé, nous pensons louer un téléphone satellite. C’est une sécurité qui a un
coût mais qui peut sauver la vie. Les cartes détaillées du pays sont obtenues
auprès de Track 4 Africa et chargées dans deux GPS.
Le comportement à adopter en présence des animaux est transmis par des sud africains
qui m’expliquent ce qu’il faut faire et ne pas faire quand on s’aventure dans le
bush. On apprend par exemple qu’il ne faut jamais avoir des légumes et fruits
frais avec soi, qu’il ne faut jamais, sous aucun prétexte, sortir de sa tente
pendant la nuit, qu’il faut prendre sa douche quand il fait clair, que les
serpents sont le plus grand dangers pendant la nuit, que les animaux n’ont pas
peur du feu, que quoiqu’il arrive en présence d’animaux, il ne faut jamais
partir en courant, que les singes ont appris à ouvrir les portières des
voitures, que les lions adorent mâchonner les pneus, qu’il n’y a jamais
d’accident avec les campeurs suite à des attaques d’animaux pour autant que l’on
ne commettent pas d’erreurs. Ce n’est pas le premier voyage en Afrique sauvage
mais jamais nous n’aurons vécu aussi prêt de la faune sauvage sans aucune
protection. Nous sommes tous les trois un peu stressés mais confiant.
Le vaccins et les passeports sont en ordre. Le sujet malaria est traité en long
et en large lors de nos soirées de préparation. Deux écoles s'affrontent:
prendre la prophylaxie en précaution d'éventuels moustiques contre ne pas la
prendre parce-qu'il n'y a pas de moustique en hiver mais se protéger avec du
répulsif au cas où ils y en aurait quand même. Denis choisira de s'intoxiquer
avec de la Malarone. Benoit et Véro choisiront la protection. L'histoire dira
qui avait raison.
Presque six mois à l’avance, les réservations pour l’accès aux parcs et aux
campings sont faites auprès du DWNP – Department of Wildlife National Park.
Effectuer les réservations est un véritable parcours du combattants et prend
énormément de temps pour être confirmées. Après quelques coups de téléphone à
Maun et Gaborone et sans trop de difficultés, je parviens à réserver les entrées
et logement à Nxai Pan, Moremi (Third Bridge et North Gate) et Chobe River (Ihaha)
aux dates qui me conviennent. Par contre, pas moyens d’obtenir les trois nuits
souhaitées à Savuti, l’endroit où il faut être pour observer la profusion de vie
sauvage. La réponse du DWNP est continuellement la même : fully booked.
Les forums de discussions sud africains suggèrent néanmoins de rentrer dans le
parc de Chobe et de négocier avec les rangers de Savuti lors de l’arrivée au
camp en fin de journée. En effet, les distances sont telles qu’il est impossible
de rebrousser chemins pour sortir du parc avant la fin de la nuit et donc, ils
sont « obligés » de vous accepter. D’autres conseils disent exactement le
contraire affirmant que l’on ne laisse plus rentrer les touristes dans les parcs
pour plusieurs jours s’ils ne détiennent pas de réservations pour le camping. Je
décide de partir en chasse de trois nuits à Savuti. Je m’adresse à tous les tour
operators du Botswana pour essayer d’obtenir les trois nuits tant désirées.
Malheureusement, ceux-ci n’acceptent de vendre que des packages tout inclus. Un
seul d’entre eux acceptera après des palabres interminables de faire la
réservation à Savuti contre un bonus important. Ca y est, j’ai bouclé le
planning pour les parcs. Les autres endroits visités ne nécessitent pas de
réservations et je préfère laisser le champ libre pour résorber un retard ou un
déroutage éventuel. Nous n’avons plus qu’à faire nos valises et nous voilà parti
pour l’aventure.

Le parcours de 4600km couvrant 3 pays
Le départ
C’est dans le froid matinal du mois d'aout de l’hiver austral et sous un ciel
bleu profond, qui ne nous quittera pas pendant toute la durée du voyage que le
périple commence à Johannesourg. Aux premières heures d’ouverture du bureau de
bushlore, nous prenons livraison du Defender équipé pour traverser les
continents. Deux tentes sont disposées sur le toit à coté des plaques de
désensablement et de jerrycans. A l’intérieur, tout le matériel de campings est
stocké dans des caisses à coté d’un grand frigo surgélateur. L’excitation nous
envahi et nous avons hâte de faire notre premier bivouac africain.
Rapidement, nous allons au supermarché Pick’n Pay pour nous armer de provision
de nourriture, d’eau et de vins sud africains. Nous passons chez Outdoor
Warehouse pour acheter les accessoires de camping indispensables comme par
exemple les répulsifs à moustique spécialement adaptés à l’Afrique (ce que l’on
trouve en Europe n’est pas efficace), les bougies de camping, une bombe anti
agressions en cas d’attaque de babouins pendant la nuit, la trousse de premier
soin et le matériel 4x4 que je ne trouve que là-bas. L’avion ayant eu 24 heures
de retard, nous n’avons plus l’occasion d’obtenir le téléphone satellite
réservé. Tant pis, on verra bien.
Les réservoirs sont remplis de 180L de diesel et de 45L d’eau. Le trajet est
injecté dans le GPS. Avec un sourire d’enfants, nous voilà parti d’une des plus
grandes métropoles au monde pour rejoindre un pays où la solitude sera notre
seul compagnon.

Jour 1 et 2 : Joburg – Martin’s Drift –
Kubu Island
Toujours à cause des 24 heures de retard de l’avion, nous devons rouler pieds au
plancher afin de parcourir la distance en deux jours au lieu de trois, comme
initialement prévu. Nous n’avons pas l’occasion de nous arrêter beaucoup mais
profitons au maximum de nos premières heures de vacances. Le paysage à l’est de
la province du Limpopo (Afrique du sud) est varié. On traverse des plaines
agricoles, des montagnes et quelques petites villes typiquement sud africaines.
C’est joli, verdoyants et agréable à rouler malgré la chaleur d’un soleil enragé
et d’une boite de vitesse qui dégage beaucoup de calories dans l’habitacle. Les
quatre cent kilomètres qui nous séparaient de la frontière du Botswana sont
avalés en une grosse après-midi de route.

Groblerbridge - Point frontière entre Afrique du Sud et
Bostwana
Avec un superbe soleil nous faisant face, nous traversons le
pont sur la rivière Limpopo marquant la frontière entre les deux pays. Les
formalités administratives des deux cotés sont expédiées en peu de temps. Notre
premier contact avec les botswanais est hors du commun. En effet, il est de
notoriété publique que les douaniers et agents de l’immigration ne sont pas
particulièrement souriants ni loquasses. Cet axiome est vrai partout dans le
monde sauf au Botswana. Dès la frontière, le contact est agréable et c’est dans
un esprit de réel accueil que les agents de l’administration nous aident à
remplir les formalités douanières pour l’importation du véhicule. Ce caractère
souriant et plaisant est typique des botswanais et nous le retrouverons tout au
long du séjour et parmi toutes les couches de la population. Nous avons la
réelle impression d’être leurs hôtes de passage.
Il est 19 heures, le ciel est rempli d’étoiles que nous ne connaissons pas et la
nuit est noire d’encre. Rouler de nuit en Afrique est vivement déconseillé à
cause, entre autres, des risques de collisions avec les animaux qui traversent
et dorment sur le bitume mais aussi à cause de la difficulté de repérer les
dangers de la route qui ne comportent aucun marquage. Ce soir, nous
n’atteindrons pas notre objectif, Khama Sanctuary, et sommes contraint de loger
au camping situé le long de la frontière, le Kwa Nonkeg Lodge. Qu’à cela ne
tienne, nous en profitons un maximum en installant notre matériel pour la
première fois et allons manger au restaurant du lodge surplombant le Limpopo
anormalement rempli d’eau pour la saison. Dans le froid, sous une voute étoilée
balafrée par la voie laquée et à proximité d’hippopotames pataugeant dans la
rivière, nous dégustons un excellent vin sud africain et repas préparé rien que
pour nous. La soirée se termine autour du feu où nous discutons de tout et de
rien avec le personnel du lodge glacé par la froideur nocturne. A nouveau, nous
sommes marqués le sourire des Botswanais.

C’est blotti dans notre duvet polaire et perché à deux mètres du sol que nous
passons notre première nuit africaine. Le velcro de fixation de la « porte » de
la tente ne se fixent plus. Le froid rentre et nous glace. Avec les moyens du
bord, nous colmatons l’entrée d’air et nous nous couvrons encore plus. Dehors,
il fait 6°.
|
Au petit matin, un couple de go-away birds nous réveille nous rappelant ainsi
qu’il faut partir. Le soleil est à peine levé et le froid est encore marqué. Le
temps de prendre une douche chaude et de préparer le petit déjeuner, une chaleur
agréable apparait. On remplace les polaires par un t-shirt et les jeans par un
short. La première journée d’aventure au Botswana commence.
Le programme du jour est simple, rouler 420 km pour atteindre le monticule de
Kubu Island perdu au milieu du Sua et du Ntwetwe Pan. Les cartes de crédit
n’étant pas acceptées aussi largement qu’un Afrique du sud, nous faisons un stop
à une des seules petites villes que nous croiserons sur la route vers Maun.
Palapye ressemble à une ville du far west américain : un bar, un supermarché,
deux station services, une banque et une gare. On rempli portefeuille et
l’énorme réservoir de carburant.
A une trentaine de kilomètres de là, à Serowe, j’entame la conversation avec un
vieux monsieur au style très colonial british, short et haute chaussette qui
roule aussi en Def. Il m’explique que si il ne devait y avoir qu’un seul endroit
au Botswana où trouver du velcro, ce serait dans l’atelier de fabrication de
tentes situé de l’autre coté de la route. Nous entrons dans une baraque autour
de laquelle sèche des toiles verte. A l’intérieur, une dizaine de personnes
travaillent à la couture des tentes des plus grands fabricants de tente de toit
et de tente de safari. On nous regarde d’un air éberlué mais avec le sourire. En
cinq minutes et pour quelques Pula, la monnaie du Botswana, nous repartons avec
le velcro qui mettra fin aux courants d’air nocturne. |
 |
Des heures durant, la route est rectiligne et le paysage de brousse est
constant. C’est lassant. Il y a très peu de circulation mais quand nous croisons
une voiture c’est souvent un 4x4. Quand il s’agit d’un Defender, on se fait un
petit signe de la main. Totalement éloigné de la civilisation, nous ne captons
aucune radio. De toute façon, se serait inutile à cause du bruit du Defender.
Les centaines kilomètres défilent en direction d’Orapa. Un bref picnic au bord
de la route nous laisse le temps de nous détendre les jambes et reposer les
oreilles.

Soudain, une montagne émerge de l'horizon. C’est la mine de diamants de
Letlhakane. Nous sommes dans une des zones diamantifères les plus importantes au
monde. Quatorze millions de carats sont sortis de terre chaque année faisant du
Botswana le plus gros producteur au monde de diamants. Même sur les billets de
banque on retrouve des représentations de la principale richesse du pays. C’est
tellement sécurisé comme endroit que la ville d’Orapa est totalement fermée. On
ne peut pas y passer ou alors il faut une autorisation. On coupe alors à travers
la brousse en empruntant une piste poussiéreuse en tôle ondulée laissant ainsi
pour quelques jours l’asphalte derrière nous. Dans le dernier village avant le
désert de sel, nous apercevons une indication Kubu Island. Nous sommes sur la
bonne piste.

En cette fin d’après-midi, nous filons plein nord en direction des pans de sel.
La poussière s’infiltre partout, les boulons mal serrés commencent à se révéler,
et les grands paysages apparaissent enfin au détour d’un massif d’arbustes
desséchés. Voici les pans. Deux couleurs contrastent l’environnement. Le bleu du
ciel et le blanc du sel. Tout ici était inondé il y a trois semaines à cause des
pluies de juin. Le sol est encore meuble et gorgé d’eau. Il ne fait pas bon
s’arrêter n’importe où au milieu de l’entendue de sel. De petits ilots de terre
couverts d’herbes ponctuent cette nature désolée occupée par de rares coyotes.
Nous nous arrêtons régulièrement pour prendre des photos et profiter de ce
paysage somptueux où la chaleur du sol crée de mirages nous faisant croire en la
présence d’eau et d’habitations. Tout ceci n’est que reflets. Nous sommes seuls.
Peu avant le passage de la barrière vétérinaire, nous croisons un véhicule. Le
conducteur nous informe en Tswana, la langue officielle du pays, en pointant
quelque chose du doigt. Cela fait des heures que nous roulons sans voir
quiconque et c’est en ce moment unique que la bouteille de gaz attachée à
l’arrière de la voiture se détache. C’est cela qu’il nous montre. La chance est
avec nous.


Au loin, au beau milieu de l’étendue gigantesque de sel craquelée de partout,
apparait une colline de la forme du dos d’un hippopotame couverte de baobabs.
C’est Kubu Island. La lumière du coucher de soleil colore le sol couvert de
minéraux réfléchissant d’un rose pastel. La présence d’arbres apporte la vie.
Les rares oiseaux chantent. C’est superbe.
Au camp, le gardien nous attend. Il avait repéré les phares à l’horizon. Il y a
quatre allemands qui sont installés à quelques centaines de mètres de nous. Ici,
pas d’eau, pas de douches, pas d’électricité. Nous devons vivre en autonomie
complète. A la lueur des derniers rayons de soleil, nous allumons le feu de camp
et débouchons une bouteille de vin. L’odeur de la viande qui cuit, les effluves
de Cabernet Sauvignon, le plaisir d’être là et la tranquillité resterons à
jamais dans nos souvenirs comme étant un grand moment africain.
Retour
à la page d'accueil | Page suivante >